Valparaiso, port d’attaches

C’est peut-être ce méli-mélo de consonnes et de voyelles, l’allitération bondissante, le galop des syllabes et cette fin, bouche ouverte, bouche bée sur une invitation au voyage. Valparaiso (prononcer ici Val-pa-ra-I-so), littéralement en espagnol, Valle Paraíso, la vallée Paradis, est une intrigante. Je me souviens d’un doigt sur le globe, ricochant sur elle et ces autres lieux remplis de mystères,  Les Galapagos, Java, Vladivostoc, Zanzibar…

C’était avant Internet, avant qu’un mot tapé sur google vous dévoilent chaque endroit du monde sous toutes ses coutures. Valparaiso mélangeait les récits de pirates, l’Amsterdam de Brel, Baudelaire aussi, célébrant une chevelure : "j’entrevois un port fourmillant de chants mélancoliques, d’hommes vigoureux de toutes nations et de navires de toutes formes découpant leurs architectures fines et compliquées sur un ciel immense où se prélasse l’éternelle chaleur."

Tout est différent mais tout s’acoquine à mes faux souvenirs. Des cargos chargés de couleurs côtoient la barque du pêcheur.

Le port de Valparaiso

Les grues se démènent sous le regard des 42 collines frappées d’embruns. Valparaiso est démocratique, chacun ou presque a son bout de mer, sa vue imprenable, des grandes maisons coloniales jaunes, bleus roses… aux bicoques de tôles ondulées, tout aussi colorées.

Avec vue sur la mer

Et ce dédale de petites rues… Le vent s’engouffre, vous retrouve toujours. Ces murs peints, criants d’art, chargés de messages. Pas une artère de ce cœur vivant ne se tait.La politique vit sur les murs. La vie déborde d’un graff, ici un escalier se déguise en talons aiguille, là une façade de fruits et légumes menace de vous avaler, le regard d’Allende veille sur la permanence communiste…

#1 Salvadore Allende

#2

Il faut s’y perdre. La première à gauche, la deuxième à droite, revenir sur ses pas, grimper des marches, se retourner et jouir d’une nouvelle vue improbable. Profiter des ascenseurs centenaires en entendant leurs gonds grincer, contempler la ville qui n’en finit plus de se déshabiller.

Conception, le plus vieil ascenseur de la ville. Il date de 1883

Savourer ce long street tease le nez au vent marin. S’asseoir dans ce cimetière planté au milieu des cerros et goûter aux mélanges des genres. Valparaiso s’effeuille et ça n’en finit pas.

Valparaiso s'effeuille...

Calmer son excitation devant cette nouvelle colline à arpenter. Grimper quatre à quatre dans ce nouveau village, y redécouvrir le port, y redécouvrir la mer. S’asseoir à nouveau.

S'asseoir et regarder les autres s'agiter

Et toujours ces murs bavards. Longer les hauteurs encore, envier Pablo Neruda de ce lit face à la mer, d’avoir construit ici aussi cet étrange et fascinant bateau, le remercier d’être resté si jeune.

Valparaiso c’est aussi le délabrement. Des ruines côtoient des poubelles éventrées par quelques chiens errants. Les lignes électriques foisonnent à chaque coin de rue…

Un matin normal pour l'un des nombrex chiens errants

Une partie des collines abritent les quartiers dits sensibles. Une patrouille de police nous "recommande" de ne pas pénétrer plus avant dans telle rue ; un homme, plutôt louche insiste pour prendre Olivia en photo avec notre appareil, ruse grossière ici ou ailleurs. Mais des risques, chaque grande ville en possède, et les ports de mes lectures adolescentes chariaient leur part de mauvais garçons. La canaille, c’est une partie du charme.

Le soir venu, sous les photos de paquebots échoués accrochées au murs, trinquer au Vaina sur une des tables du restaurant Cinzano. Y prendre son temps, goûter aux tangos d’El Maestro, Manuel Fueritalia, mûris depuis 30 années à jouer ici plusieurs soirs par semaine (en vidéo ici).

El Maestro, Manuel Fueritalia, sous son portrait de jeune premier

Ses deux  musiciens l’accompagnent dans un sourire, rient des pauses à n’en plus finir de leur compagnon, un problème de prostate peut-être… Ils ont un air des deux petits vieux du Muppet show quand ils se chamaillent pour un oui pour un non. Mais ne disent pas non quand il s’agit de boire un verre payé par une table voisine. Et de s’attabler en racontant vivement quelques souvenirs.

Valparaiso nous aura étonné, charmé, conquis, sept jours durant. Il a fallu partir… Le temps a filé et qu’avons-nous fait ? Arpenté les collines, flâné en regardant le port bouillonner, les rues s’agiter, discuté avec Nicolas, un Italien de 72 ans, de la beauté de "sa" ville : "Pourquoi retourner en Italie? Mon pays c’est ici, mes amis sont là." Un souhait, Nicolas ? "Valparaiso est si belle, ne le dites pas à trop de monde…"

En haut de la calle Templeman

Encore plus haut, même quartier

Nicolas, 72 ans : "Valparaiso est si belle, ne le dites pas à trop de monde..."

 

D’autres photos de Valparaiso : ici et .

 

Et aussi, qui nous accompagne depuis le début du voyage :

Valparaiso par Dominique A

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3 réponses à Valparaiso, port d’attaches

  1. omaerten dit :

    Wahou ! Ces couleurs, ce bleu profond qui se dispute avec cet orange soutenu… J’en ai pris plein les mirettes !

  2. Gérard dit :

    Bravo, et merci pour ce récit enchanteur de Valparaiso. C’est splendide, encore une étape où nos yeux s’émerveillent. Voici un poème de Neruda
    Valparaiso,
    quelle absurdité tu es,
    quel fou, port fou,
    quelle tête avec ces collines,
    échevelée, tu n’as pas fini de te peigner,
    Tu n’as jamais eu le temps de t’habiller,
    Tu as toujours été surpris par la vie,
    La mort t’a réveillé en chemise,
    en longs caleçons,
    avec des franges de couleur,
    nu comme un nombre tatoué sur le ventre.
    Pablo Neruda

  3. jacques dit :

    Salut à vous. Toujours de superbes photos. Vous me rappelez une vieille émission sur la deuxième chaine où les candidats voulaient devenirs reporters et partaient faire le tour du monde. Ils devaient envoyer chaque semaine un sujet qui était jugé par un jury. C’était toujours de superbes images et des histoires de femmes et d’hommes rencontrés çà et là. Prenez soin de vous.

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