Les Galapagos, les yeux fermés

La pluie tombe, quasi discontinue, en ce premier jour à Otavalo. Heureusement elle nous a laissé un peu de répit ce samedi matin. Nous avons pu aller satisfaire nos curiosités du jour : le marché aux bestiaux puis le marché tout court de la ville, l’un des plus important marchés d’Amérique du Sud. Antoine a insisté pour mettre le réveil à 5h30 ce matin ! Et il a eu raison.

Cet après midi, entre 2 siestes et 2 séjours prolongés aux « servicios », il reste un peu de temps pour écrire, ordonner ces idées qui viennent en vrac, se mélangent, repartent, et se brassent encore.

La page Galapagos est fraîchement tournée. Nous avons un peu l’impression d’avoir terminé le dessert avant même d’avoir commencé le repas. Toute tentative de mettre des mots sur les sentiments laissés par ces îles s’avère pour le moins réductrice. Alors il reste les images. Quand  nous fermons les yeux et plongeons tout entier dans le souvenir des Galapagos nous voyons…

Antoine… La chaleur étouffante des premiers pas sur l’île. La terre rouge, la chaleur étouffante et ce soleil brûlant. Ces premières otaries affalées sur un banc.

Olivia… Les yeux d’une otarie droit dans les miens. Elle observe la mer, tête en bas, pieds en surface, telle une danseuse de natation synchronisée. Un peu gauche avec mon masque et mon tuba, je scrute les rochers en dessous, redresse la tête, ses yeux dans les miens à quelques centimètres, vertige. Après quelques instants, elle file, voltige, repart et me laisse en plan, un sourire à l’intérieur (vous avez déjà essayé de sourire avec un tuba vous ?!)

Le Guantanaméra, son équipage, Johan, notre guide criant « Vive la France » et « Couçi-Couça », le sourire et la cuisine d’Eugenio. Les infernales anglaises, Vanessa, Yvan et Mélanie, Jeff et Dany, John et Janet. Mon anglais pitoyable. Mon espagnol à peine mieux.

Des fous à pattes bleues en pêche. Un escadron de fous frôle la surface de l’eau à pleine vitesse. Arrivés au dessus du banc de poissons, ils prennent un peu de hauteur, redressent le cou, scrutent la mer. L’un d’entre eux se stoppe net, casse sa trajectoire, ailes mi-pliées, géométriques, le voilà qui accélère vers sa cible. A la dernière seconde, il replie les ailes contre son corps et comme une balle, Sschrrroufff, plonge et fond sur un poisson. Dans la foulée, ses compagnons en fond de même, Sschrrroufff, Sschrrroufff ! La chorégraphie est précise mais dans la précipitation pas toujours impeccable. Néanmoins cette agilité contraste avec leur air ahuri quand ils se dandinent sur terre. Pas si fous ces fous.

Cette première ascension d’île. Plaza Sur, cette falaise à pic, ces iguanes mangeurs de fleurs jaunes, cette otarie se dorant le pilule tout en haut de l’île. Mais combien de temps lui a-t-il fallu pour grimper si haut ?

Des iguanes marins qui lézardent au soleil. Aussi noirs que les rochers qui leur servent de serviette. Les yeux mi-clos tournés vers l’horizon. Les pattes trapues vissées au basalte. Imperturbables.

Le croissant de lune à l’envers

Des otaries sur le sable par dizaine. Etalées de tout leur long, par petits groupes de 2 à 10 serrées les unes contre les autres, profondément endormies. Naviguant de groupe en groupe, quelques fauteurs de trouble, bruyants, décidés à mettre un peu d’animation. Après quelques éclats de voix, en voilà un qui se jette sur ses congénères assoupis, afin de se trouver une place au chaud… Comme dit Karol dans Max et les Maximonstres* « qui n’a pas rêvé un jour de dormir empilés » ?

« Qui n'a pas rêvé un jour de dormir empilés ? »

Le marché aux pêcheurs de Puerto Ayora, la voracité des pélicans, cet enfant jouant avec une otarie. Le héron voleur et l’iguane malin.

Plaza Sur, ses figuiers de barbarie, sa lande de plantes grasses qui se décline du vert au rouge et s’étend jusqu’à d’abruptes falaises où la mer se fracasse, ses iguanes jaunes et noirs qui dévorent goulument les cactus sous les yeux cernés de rouge des mouettes.

Espagnola – Suarez Point, cité aux oiseaux, Albatros, fous, pélicans, mouettes, frégates et j’en passe. La falaise, ses trous souffleurs d’écumes, son tapis d’iguanes marins.

La plage de Puerto Villamil sur Isabela. Les rouleaux éclatent de toutes parts. Marcher les pieds dans l’eau, se faire surprendre par une vague qui monte un peu trop haut. Observer  les allers et venues des tourne-pierres, qui descendent sur le sable en même temps que la vague, la précèdent de peu à la remontée, encore et encore, ne se laissant jamais, eux, surprendre !

Bartolomé et ses paysages lunaires. La beauté à 360 ° de cette vaste étendue d’îles.

Les fous, encore eux, et leurs pattes bleues, qui dansent et chantent pour séduire leur belle. Une patte en l’air, puis une autre, et encore, le cou dressé, le regard bas. Madame, du haut d’une pierre regarde si Monsieur est à la hauteur. Dans un ultime effort de parade, Monsieur Fou cambre les reins, ailes déployées, bec tendu vers le ciel, et émet son cri de séduction, mi-strident, mi-poétique (en occultant le côté poétique, ça a quelque chose du bruit émis par les sifflets oranges des gilets de sauvetage quand on ne souffle pas assez fort dedans). Madame Fou se rapproche, Monsieur lui offre une brindille, une belle. Acceptera-t-elle ou préfèrera-t-elle jeter un œil à la parade du prétendant suivant ?

La danse du fou dragueur

La Pilsener au soleil couchant sur la plage de Puerto Villamil.

Une tortue marine, qui vole dans les eaux claires de la baie de Santa Fe. Je la suis quelques brasses, elle remonte respirer en surface, quelques brasses encore, elle redescend à nouveau vers le sable, quelques brasses, une nouvelle respiration, quelques brasses, elle s’éloigne.

Le snorkeling évidemment et toutes ces créatures rencontrés sous l’eau.

La joie de ma mère de voir si près les albatros, ces mythiques oiseaux. Son goût inattendu pour les iguanes, sa première sortie snorkeling, son sourire sur la plage d’Isabela.

Tant d’autres images encore… et un nouveau rêve qui se dessine. Revenir un jour, à la voile, et mouiller dans la baie de Puerto Villamil.

 

Toutes les photos des Galapagos : ici.

*Max et les Maximonstres – Spike Jonze – 2009.

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6 commentaires pour Les Galapagos, les yeux fermés

  1. La Dragonne dit :

    c’est beau ces mots-images
    on sourit dedans avec un tuba là où vous z’êtes et ici on sourit à un écran d’ordi en vous lisant…
    Courage avec les servicios
    ça fait du bien de vous lire !
    des baisers from la boâte

  2. Graoux, des boates itou.
    Et attends de voir…. On a trouvé la fonction programmation de publications….
    des baisers chez vous
    O et A

  3. fred dit :

    merci, ces cartes postales sont d’un dépaysement inouïe pour une fourmi travailleuse à l’humeur grisâtre… bisous des montagnes!

  4. Nejda dit :

    J’adoore

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