Se lever tôt à Otavalo

Otavalo, petite ville située à une centaine de kilomètres au nord de Quito, accueille depuis toujours l’un des plus grands marchés des Andes. A côté de ce marché d’artisanat andin, la foire au bétail…

Dès 5 heures du matin, le long de la route Panaméricaine, la « Pana » comme ils disent, se sont installés des vendeurs de moutons, de chèvres et de cochons venus de toute la vallée. Peu à peu les grognements s’amplifient. Chaque marchand tient en laisse plusieurs bestiaux bruyants. 40 $ le cochon ! Pas de vaches ce matin, une ou deux peut être. Nous apprendrons plus tard, en marchant dans la montagne qu’une maladie qui sévit dans la région interdit le rassemblement des bovins.

Accroupi au milieu de la foule, un petit garçon égrène un épi de maïs pour nourrir deux jeunes porcs grognons. De l’autre côté de la large route, d’où surgissent en klaxonnant bus et camions, poules, canards, pigeons et dindons attendent de changer de mains pendant que chats et chiens guettent des bras plus accueillants. Je crois qu’un instant, dans l’euphorie générale, Antoine et moi avons failli commettre l’erreur ultime… agrandir l’équipée sud américaine d’un chiot, pour 8 $. Heureusement la raison ne nous a pas encore totalement abandonnée ! Mais c’était moins une…

Entre Mama Cotacachi et Taita Imbabura*, sous un crachin qu’on pourrait croire breton, les affaires vont bon train et l’odeur de poule devient peu à peu plus entêtante et plus âcre. Les heures passent. Deux poules dans chaque main, une vendeuse se précipite sur une femme qui lorgne ses volailles. Elle lui colle un lot de deux poules dans chaque main. La femme soupèse savamment les gallinacées, sourire perplexe. Son regard cherche l’assentiment de son homme. Quelques mots sont lâchés, un des lots est retenu puis les billets changent de main, 10 $ les deux.

Rien ne semble pouvoir troubler les négociations, ni les poules qui se débattent tête en bas dans un nuage de plumes, ni même ce jeune homme courant derrière une fringante échappée. Mi-sérieux mi-souriant, chacun s’affaire. Là, un sac frémissant se remplit de cochons d’inde, 5 $ l’unité. Ici on dit « cui » ; rôti il semblerait que ce soit un plat apprécié…

Les femmes en habit traitionnel sont minuscules, belles avec leur chemisier brodé, leur ceinture tissée, leur châle coloré, et ce collier doré à multiples rangs.

Près de moi, un homme peigne ses longs cheveux bruns, son chapeau noir, sagement posé à l’abri de la poussière. Sa femme, discrète, vient les lui tresser. Comme lui, la plupart des anciens porte natte et chapeau noir. Les hommes qui coupent leur natte le font pour être mieux acceptés par la société moderne. Les jeunes hommes, cheveux longs ou non, ont abandonné le costume traditionnel et portent le plus souvent baggy ou jogging, sweat à capuche et casquette… un look qui traverse les frontières. Les gringos, veste imperméable, grosses godasses, et appareil photo, eux aussi traversent les frontières.

En retrait, quelques tables. Un cochon rôti fait le plein autour de lui ; des tripes mijotent dans une immense gamelle. Les odeurs sont alléchantes, je me laisserais presque tenter par quelques empanadas et ce drôle de jus de couleur verte… Finalement d’inattendus croustillons, comme à la fête foraine, calmeront notre faim.

D’autres photos des Marchés d’Otavalo : ici.

 

* Le Lonely Planet nous dévoile que selon la légende lorsque Taita Imbabura (Père) vient honorer Mama Cotacachi (Mère) pendant la nuit, celle-ci se réveille couverte de neige.

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4 commentaires pour Se lever tôt à Otavalo

  1. Anaïsella dit :

    Merci de ces impressions de voyage. Belle route à tous les deux.

  2. olivialabas dit :

    Merci Anaisella. Pour l’heure, elle est vraiment belle, cette route.

  3. Jacques dit :

    Salut, vos photos sont très belles et on se doute du bonheur que vous avez à les faire. Mais au retour, je ne vous parle pas de la capacité du disque dur qu’il vous faudra pour garder ce trésor.
    Bises

    • olivialabas dit :

      Hey Jacques ! C’est clair que les photos ça prend un peu de place, mais on s’en sort… pour l’instant. On essaie de faire du tri régulièrement sinon c’est l’explosion. Heureusement que les ordis de nos jours ont une mémoire d’éléphant !

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