Du désordre à l’interieur

« Je mange un morceau de soleil. » Où ai-je lu que ses rayons au fond de la gorge tuaient les microbes? Je ne sais plus. J’ouvre en grand et espère. Je n’ai jamais été autant malade que depuis cet océan traversé. Une insolation aussi violente qu’éphémère aux Galapagos – j’étais pourtant prévenu – une turista sévère, du genre à assigner à résidence à Otavalo. Et, alors que je pensais en avoir terminé, ce mauvais rhume. Toux caverneuse, fièvre et nez fontaine à Ibarra.

Je m’agace de ces épines plantées dans ma poupée vaudou. À part Paulemploi personne ne me souhaite du mal non? J’explique bien l’insolation par mon inexpérience, le rhume par un coup de froid dans un bus mais la turista…. non, j’vois pas.

Relativisons. Il y a des endroits plus désagréables que la Casa Aïda, pour une convalescence. Assemblage de petites maisons en briques à Esperanza la bien nommée, du soleil, un chien fou, un chaton qui saute d’arbre en arbre, un café brulant (le café est excellent en Equateur), et une couverture piquée dans un avion.

L’heure est à la méditation. Je mène mon enquête dans la mémoire de mon corps

(…)

Bon dieu mais c’est bien sûr.*

Des années entières gâchées par quelques mois de chômage. Des années entières d’entrainement sans relâche, de perfectionnement, à habituer cet estomac à manger, à n’importe quelle heure, n’importe quoi. De préférence du n’importe quoi assez gras, salé et pimenté. À faire un repas avec un paquet de chips, une boite de sardines ; à empiler des kebabs, pizzas plus que de raison ; une religion : la frite ; un péché-mignon la bavette échalote. S’enorgueillir d’être un cordon bleu du micro-onde. Bénir le plat surgelé et les biscuits apéritifs. La sagesse venant avec l’âge, se pâmer devant une assiette de charcuterie et des fromages par plateaux. Devenir le roi du sandwich. Jamais au grand jamais ne connaître un creux et le laisser vide. Plus qu’un estomac, le cuirassé Potemkine.

Et cette folie.

Le chômage et son désœuvrement. L’œil hagard devant le rayon légume. Combler les heures, non pas devant la télé, mais devant son plan de travail, épluchant, éminçant, épépinant. Oublier la patate et s’étonner du croquant de ces haricots plats. La cuisine à l’eau c’est plus rigolo que la cuisine à l’huile. Remplacer pâtes dures, pâtes molles par de la Féta à tout faire. La pente est raide, trois mois de remue-ménage, des fans enamourés à Caen, à Saint-Malo même. Et puis ; et puis, ces seize heures de vol. Ce décalage intestinal. Machine arrière toute.

Faut dire que de ce côté ci du globe, la spécialité c’est le n’importe quoi. La soupe? c’est à midi. T’aimes le poulet? Tiens ton Pollo, gratiné, poellé, braisé, rôti, en nuggets ; le gras? c’est cadeau, le riz d’hier? Offert aussi. À tout les coins de rue, des grillades huileuses et juteuses. Se croire sauver avec un sandwich jambon fromage? Erreur. Le jambon, sous vide, ressemble ici à du plastique. Le meilleur fromage aussi est sous plastique. Que dire du pain… Au final, cette terre promise me régale d’empanadas. Sorte de chausson aux pommes salés garni soit de poulet et de riz (!), soit de fromage ou de viande. Pour l’heure c’est à peu près tout.

J'ai tout le temps faim

Empanadas à 0,30 $... friture offerte

….

J’avais tout, tout l’entrainement et le chômage m’a tout pris.

Et comme ici, on n’hésite pas à brûler ce qu’on a un jour adoré, je vous livre ce constat amer et cinglant asséné par Olivia, ingrate : « Ton estomac, c’est une fiotte. »

*Librement emprunté au commissaire Antoine Bourrel…

Publicités
Cet article, publié dans Equateur, Vie quotidienne, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour Du désordre à l’interieur

  1. La dragonne dit :

    hihi ! elle a la dent dure Olivia, mais tellement drôle !
    Bon courage mon Tigrou, ici en Parisie, j’en connais une qui déploie sur son corps des tâches léopards rouge sans savoir qui/quoi/pourquoi et comment. Les mystères corporels sont impénétrables (ahem…)

    (aaah les empanadas)

  2. Renarde et son renardeau dit :

    j’adore.. trop bien écrit/
    remets toi bien !
    bisous à vous.

  3. Tom dit :

    Bin alors, toutes ces années de coup de bouc et ton estomac vacille? Alala, je te ferais bien une salade tomate mozzarella pour te remettre, mais j’ai peur qu’elle ne t’arrive pas très fraiche..

    Ici ça roucoule, le temps oscille entre orage et soleil, l’équipe de Farce, euh France s’est bien ridiculisée et notre cher gouvernement ne peut s’empêcher de vouloir fourrer son nez là-dedans. Sinon Woerth est au centre d’un scandale le mettant lui et sa femme en cause sur des fraudes au fisc lié à Liliane Bettencourt, du coup ils viennent de faire sauter deux ministres pour faire oublier l’affaire.. il ne serait pas possible de dégager le maître d’oeuvre de la réforme des retraites.. à gerber, rien ne change quoi.. moi aussi je veux fuir la Sarkozie..

    J’aime Marco et Malo, ça sent le road movie bien ficelé qui se trame au fil de vos rencontres et périples, et vos photos nous transportent jusqu’à vous. Même si nous ne sommes pas là physiquement, on pense bien à vous (oui, vous pouvez poser une galette d’écœurement..;o) Continuez mes beaux, et bois du jus de riz et du citron vert couz, ça devrait aider…;o)

    Bz

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s