La sueur et les larmes du Cotopaxi

Par où commencer… Partir de Quito, quitter cette altitude polluée pour une autre, plus saine, plus fraîche. S’acclimater, maître-mot de ces cinq derniers jours. Une idée saugrenue ayant pris d’assaut nos cerveaux embrumés : tenter l’ascension du Cotopaxi ! 5897 mètres, second plus haut sommet d’Equateur, le plus parfait des cônes volcaniques. Le Cotopaxi c’est comme les volcans qu’on dessine enfant, la lave en moins… quoique, il est toujours en activité. Là-haut la neige, un glacier, un cratère.

Quelle heure peut-il être ? 6 heures peut être, peu importe. A quelques mètres devant nous j’entends un cri, heureux, c’est Yohan. Depuis que nous sommes partis du refuge, peu après minuit, lui et son guide son toujours près de nous, dans l’ombre. La pente tout d’un coup s’adoucit, et alors que nous cheminions dans un noir quasi absolu, les toutes premières lueurs du jour suggèrent que oui, derrière c’est bien le ciel, ce n’est plus ce glacier infini… Le fond de ma gorge, mes poumons se serrent, fort. Des heures que nous montons, que jamais l’air ne m’a manqué, et là c’est l’asphyxie, des nœuds partout. Ma respiration se fait geignarde, stridente. Nous y sommes en haut de cet immense cône de glace ! Entièrement secouée de larmes et de rire mêlés je retrouve un peu d’air, et les bras d’Antoine, juste là derrière moi. On est là haut ! 5897 mètres, on l’a fait !

Larmes libératrices au sommet du Cotopaxi

Abrazo au sommet

Le jour se lève sur les volcans alentours qui s’ébrouent au dessus des nuages, le Chimborazo, les Ilinizas, le Cayambe, l’Antisana… et presque à nos pieds, Quito encore éclairée de tout son long se réveille à peine.

L'avenue des volcans sort de la nuit (photo de Yohan)

Retourne toi ! Juste derrière il y a cet immense cratère, presque irréel, immense.

Le cratère du Cotopaxi au lever du jour

Depuis près de 5 heures et demi, mon cerveau s’est mis en mode binaire. Un pied devant l’autre, rien de plus. Éviter de regarder au dessus, éviter de demander depuis combien de temps nous sommes partis, dans combien de temps, combien de mètres, quelle altitude… Rien. Juste avancer les pieds, planter le piquet dans la neige tous les deux pas, inspirer, expirer. A la lumière de ma frontale, essayer de mettre mes crampons dans les traces de Milton, notre guide, pour éviter de perdre quelques centimètres à chaque pas. Oublier le vent glacial, oublier même, les doigts uns à uns gagnés par le gel. Et se laisser hypnotiser par les cristaux de neige scintillants.

Il y a 12 heures à peine, nous allions nous coucher, tenter de dormir dans les lits superposés du refuge José Ribas. Notre « team Papagayo » veut partir tôt pour éviter d’être privé du sommet si nous sommes trop lentS. La « team Papagayo » c’est notre petit groupe qui gravite depuis quelque jours à l’hacienda Papagayo, pour préparer le Cotopaxi. Il y a Benoit et Josianne du Québec, Thomas et Gosia de Pologne, Yohan de Suède… puis nous. Jessy l’australienne et Janke l’hollandaise font aussi partie de la team Papagayo, c’est leur expérience de la veille qui nous a poussés à partir un peu plus tôt : elle ont dû faire demi-tour avant le sommet car la règle d’or veut qu’à huit heures tout le monde rebrousse chemin, trop dangereux le glacier sous le soleil équatorien…

Janke et Jessy la veille de leur ascension

Tous, nous avons peiné à trouver le sommeil, cogitant, s’inquiétant, scrutant le mal de crâne… A 23 heures il faudra se lever et partir vers minuit. Chacun a géré son acclimatation à sa manière. Nous, nous avons préféré l’option « dormir très haut le plus possible » à l’option « faire plusieurs longues ascensions préliminaires ». Option de fainéants ! Une première nuit au refuge des Ilinizas à 4700 mètres, puis une autre la veille de l’ascension au refuge du Cotopaxi à 4810 mètres. C’est comme ça que nous avons vu Jess et Janke redescendre les premières la veille. Ce matin là, les petits groupes redescendaient, tous plus exténués les uns que les autres, tous plus émerveillés aussi… le stress nous gagnait, lentement mais sûrement. Dans quelle galère nous étions nous fourrés ?

Le refuge et le Cotopaxi, juste là derrière...

Dix minutes que nous sommes là haut, à 5897 mètres. Dur de prendre des photos avec les mains gelées… Il faut descendre sinon nous allons geler sur pieds.

Dernière sauvegarde au sommet

Après tous ces efforts, quitter ce lieu incroyable si chèrement atteint. Je remplis vite mes yeux de cette beauté. Sauvegarde. Puis La descente : « Plantez les talons en premier », lance Milton, « n’ayez pas peur. » C’est parti ! Les jambes en cotons, le corps entier en coton d’ailleurs, on a tout donné pour monter jusqu’ici et ne pas abandonner avant la fin. De l’énergie il n’en reste plus beaucoup après l’ascension, l’absence de sommeil et l’altitude. Le sourire jusqu’aux oreilles et les yeux encore embués, nous allons enfin voir ce glacier que nous avons grimpé dans le noir. Au tout début de la descente, nous croisons Thomas et Gosia, puis Ben et Jo : « un dernier effort, vous y êtes presque, c’est monumental ! ».

Gosia et Thomas, presque au sommet...

En attendant, descendre, encore descendre cette pente de 40 à 45°. Incroyable de penser qu’on a pu passer par là, et surtout monter tout ça. Là un mur de stalactites, ici de longues crevasses, quelques grottes de glace… et cette vue sur le parc du Cotopaxi, sur Quito au loin, et sur tous ces volcans andins. Époustouflant… Comme le bruit, ce glacier qui craque autour de nous.

Les pentes du glacier

La descente est rude, mais le panorama splendide

Les derniers mètres avant le refuge

Au refuge, enfin. Les genoux et les hanches en feu. Thé chaud et soulagement. Tout le « team Papagayo » est allé au sommet ! Réunis, nous comparons nos sensations, des sourires las mais une fierté commune.

Une partie du "team Papagayo" : Ben, Jo et nous

Jo raconte combien elle a maudit Antoine. Comme nous étions devant, la lumière rouge de sa lampe frontale leur indiquait l’inclinaison et la distance… « Vous étiez si loin, c’était désespérant. » Comme un phare mouvant dans la nuit, toujours plus haut.

Jamais je n’oublierai, jamais nous n’oublierons cet instant de libération au sommet, ni la beauté inimaginable qui règne tout là-haut. Sans doute pas non plus l’état d’épuisement et de béatitude dans lequel nous a laissé notre première ascension de haute montagne…

Le Cotopaxi vaincu à coups de piolet !

D’autres photos du Cotopaxi : ici.

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13 commentaires pour La sueur et les larmes du Cotopaxi

  1. La Dragonne dit :

    waouuuw ! C’est beau, c’est fort ! 5h 30 du matin à Paris et ton récit, Olivia m’a fait m’abstenir de me gratter…
    C’est d’une pure beauté.
    Je vous envie.
    Du Schamour et des boâtes

  2. fred dit :

    Superbe, quel exploit! Merci pour le partage.
    J’adore le bisou au sommet, ça ressemble à un pur moment de bonheur…
    Bravo les Schamoureux!

  3. JANE dit :

    Bravo à vous, merci de nous faire partager autant de beauté c’est magnifique. Félicitation pour cette belle et difficile ascension… Mais ma sagesse m’indique quand même de vous dire de faire attention à vous …. Je vous embrasse trés fort. Vous me manquez. A quand une petite discussion sur SKYPE…

  4. Papa et Mireille dit :

    Bravo, félicitations pour cet exploit. Je vous envie. Merci de nous faire partager vos sensations. nous vous embrassons très très fort.

  5. cristelle dit :

    FELICITATION !! Bravo à tous les deux ! Merci de nous faire partager tout cela… C’est un vrai bonheur que de vous lire et vous découvrir jour après jour ! Bisous

  6. Chris dit :

    La dernière photo, ça me rappelle une certaine fourche, aux alentours de 1994…

  7. Jacques dit :

    Salut Olivia, salut Antoine,
    Quand je pense que j’ai le vertige en haut du pic du Midi de Bigorre!!! Bravo à tous les deux.
    Bises
    Jacques

  8. S. dit :

    Pfiou, époustouflant, que dire de plus ! Merci à vous pour nous faire vivre cette expérience à vos côtés… Gros bisous à tous les deux

  9. Dad dit :

    Thib m’a dit que je devrais manifester davantage: joie, admiration, fierté, (perplexité ?),
    bon… quand on manque pas d’air… 6000m !?. l’important c’est d’avoir la bonne longueur pour les jambes ( Michel ..? ). Et puis cette idée d’un mouillage exotique en passant saluer les williwaws !.. Un jour peut-être…mais auparavant une petite reconnaissance vers un détroit ( les deux autres étant Gibraltar et le Pas-de-Calais)
    s’impose avec visite obligée d’un truc planté devant , semblable à celui qui tient compagnie à la tour de ce bon vieux cardinal de Richelieu devant LR. Si tout va bien…
    Avec tout mon A………………………………

  10. Géraldine dit :

    WHOUOUAA, vous êtes impressionnants ! et les paysages aussi. Bravo les montagneux.
    Bonne route toujours

    Géraldine

  11. foxy team dit :

    Superbe ! continuez à nous faire rêver !
    Bisous

  12. Orianne dit :

    Une petite larme au coin de l’oeil devant tant de beauté… des photos à couper le souffle ! Et dire que mon cotopaxi à moi, c’est le sommet de la percée des Beaux Monts !…
    Enjoy mes poussins !

  13. olivialabas dit :

    @ La Dragonne : si j’avais pu imaginer que le cotopaxi était un remède contre la gratouille ! je devrais p’t’être déposer un brevet ?

    @ fred ; pour pas mentir je crois que oui, c’était un pur moment de bonheur !

    @ JANE : promis on est prudent, pas de surenchère… la preuve, on n’a pas tenté le Chimborazo (alt 6268 m) !

    @ Gérard et Mireille : Merci, merci ! Nous aussi on vous embrasse très fort.

    @ cristelle : contente de faire des lecteurs heureux ! La bise.

    @ Chris : « Vint tâter d’ma fourche m’un gars ! »

    @ Jacques : à certains moments je crois que j’ai eu un peu le vertige aussi, le long des crevasses à la descente…

    @ S. : plein de baisers en parisie !

    @ Dad : un beau rêve que d’aller mouiller dans ces belles îles en passant par ces phares et vents du bout du monde… quand ?
    avec plein de A… et sans perplexité.

    @ Géraldine : Les monts du lyonnais ne sont pas si hauts, mais d’ici quelques mois une ballade par là bas ne me déplairait pas non plus. Des bises à la lyonnie.

    @ foxy team : je crois qu’on rêve, nous aussi…

    @ Orianne : et dire qu’avant ça mon cotopaxi n’était pas plus haut que la percée des Beaux Monts. Comme quoi, l’inconscience des fois…

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