Les pêcheurs cavaliers de Pimentel

La mer est grise ce matin là… elle se confond avec le ciel, à peine découpée à l’horizon par la longue digue de bois posée telle un mille-pattes incertain et fragile.

Sept heures du matin ce matin-là.

Ils sont plus d’une trentaine, adossés aux baraques en haut de la plage de Pimentel, à attendre la venue du vendeur d’anchois. Il est déjà 7h30… il ne passera plus. Alors que la plupart des pêcheurs s’entête, attend encore, certains filent déjà vers la plage, préparer leur matériel. Tant pis pour les anchois, il y a des solutions alternatives pour les appâts.

Anchois ou pas, quand faut y aller....

D’un pas décidé, deux ou trois hommes attrapent leur caballito de totora, littéralement « petit cheval de roseau », rangé sur la plage. Ils se le jettent sur l’épaule et filent vers le bord de l’eau. Le temps de préparer leur filet, d’enfermer leurs vêtements au sec dans un sac plastique solidement amarré à la frêle embarcation et ils s’élancent. Un signe de croix béni à l’eau salée, un dernier regard interrogateur vers la mer et les pêcheurs tirent leur « petit cheval » vers les vagues. Ils grimpent à genoux, comme dans un canoë, et à l’aide de leur fine pagaie de bambou franchissent les déferlantes pour gagner le large, s’évanouissant dans la brume.

Tôt le matin, passer les vagues

Finalement le groupe resté en retrait se décide. Plusieurs caballitos de totora se retrouvent alignés au bord de l’eau. Ce sont les pêcheurs de crabes. La longue préparation des casiers commence.

Préparation des nasses

Les appâts, poissons, poulpes… grossièrement découpés, sont placés dans le filet de chaque nasse. Chaque pêcheur part avec environ huit casiers attachés dans le petit cockpit avec une bouteille comme flotteur

Oscar, treize ans de pêche, n'a plus peur

Un sac plastique en guise de coupe-vent, Oscar regarde la mer. « Est-ce que tu as peur ? », « Non, ça fait 13 ans que je fais ça tous les jours… plus maintenant. » Près de lui, un tout jeune homme qui s’apprête à partir, semble anxieux, il a froid, il se signe plusieurs fois.

C'est l'heure d'en découdre

Les uns après les autres, choisissant le bon moment entre deux vagues, ils s’extirpent de l’eau glaciale, enfourchent leur monture de roseau et partent affronter le vent et la mer. Quatre à cinq heures en pêche. Souvent deux fois dans la même journée.

Franchir les premières vagues...

Quelques heures plus tard, Oscar est de retour, nous reconnaissons au loin sa cagoule de laine et sa moustache. Il ramène quelque chose comme trois kilos de petits crabes violacés qu’il vendra 10 soles (un peu moins de 3euros) le kilo au marché de Chiclayo, à une trentaine de minutes de là. En quelques instants il a replié son matériel, remonté sa totora. Il charge ses crabes dans un grand sac de jute et le voilà déjà qui grimpe, debout, à l’arrière d’un mototaxi. Avant de retourner affronter la mer, c’est la ville et sa frénésie qui l’attendent.

Alignement de totora

D’autres photos des pêcheurs de Pimentel : ici.

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3 commentaires pour Les pêcheurs cavaliers de Pimentel

  1. Jacques dit :

    « La mer est grise ce matin là… elle se confond avec le ciel, à peine découpée à l’horizon par la longue digue de bois posée telle un mille-pattes incertain et fragile. » Mais où vas tu chercher de si belles phrases ?

  2. fredonzeweb dit :

    toi quand tu seras grande tu seras reporter…

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