Les rideaux de Rurre

La chaleur de la nuit a encore été lourde et poisseuse malgré la légère brise du fan. A travers la fenêtre tendue de moustiquaire, la lumière est étrange. C’est le petit matin, la madrugada, et pourtant on croirait une nuit d’été éclairée par la lumière orangée de vieux lampadaires. J’enfile un tee-shirt, un pantalon léger et sors respirer l’air du dehors. Il est différent des jours précédents, électrique. Il est jaune aussi. Il porte cette étrangeté qui fait les ambiance d’apocalypse. Tout est jaune en fait… la fumée est toujours là, empêchant de distinguer la rive opposée du rio, juste en face.

Le vent se lève doucement. En quelques instants, la petite brise apaisante se mue en vent cinglant. Les hamacs virevoltent, les canards, les poules et le mouton se planquent tant bien que mal et la pluie commence à tomber. De grosses gouttent s’écrasent mollement sur le carrelage de la terrasse entre les hamacs en transe. J’en attrape un au vol, un peu en retrait, et m’assois pour profiter de la beauté de ce moment où le temps bascule. La lumière change encore, le jaune disparaît pour laisser place au blanc et au gris de la pluie. Après quelques minutes le vent se calme jusqu’à s’arrêter complètement laissant libre cours à la sauvagerie de la pluie. Pancho, le mouton, en est tout éberlué, il vient abriter sa carcasse humide sur la terrasse, allant même jusqu’à chercher d’apaisantes caresses.

Fin de journée sur le Rio Béni, la veille de la pluie

Le ciel a enfin craqué, après deux mois et demi d’une intense sécheresse. Le département du Béni situé au nord-est de La Paz à l’orée de l’Amazonie, a été déclaré comme d’autres départements boliviens, en état de catastrophe naturelle. Les fleuves sont tous dramatiquement bas, certaines rivières sont à sec. Quand elles ne le sont pas la pollution fait rage. C’est toute la vie de la région qui est frappée de plein fouet. De nombreuses villes amazoniennes ne peuvent plus être ravitaillées, l’eau potable vient à manquer, les animaux se font la malle. C’est la famine qui guette. Et maintenant que la pluie salvatrice arrive enfin, c’est une autre pollution qui pointe son nez. Car depuis des mois la Bolivie brûle, l’air est saturé de fumée. La pluie entrainera les cendres avec elle, les précipitera dans les cours d’eau déjà mal en point.

La culture sur brulis est largement répandue ici, faute de moyens, préparer les terres, les rendre plus fertiles, s’approprier de nouveaux terrains… Mais la sécheresse attise ces feux, qui deviennent parfois ingérables.

L'embarcadère de Rurre et son indissociable rideau de fumée.

La pluie dissipe la fumée. Le rideau de fumée qui cachait l’autre rive du fleuve a fait place à un rideau de pluie, et quelques heures plus tard c’est une rive verdoyante qui se dévoile enfin. La fraîcheur est revenue mais ce n’est qu’un sursis. La Bolivie brûle et tout n’est pas réglé loin s’en faut…

Quelques articles en français pour compléter , puis aussi là et enfin ici.

Mise à jour 2 décembre 2010 – des problèmes de sécheresse et de froid intense au sud du Pérou : ici.

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