Choquequirao, la cité dans les nuages

Choquequirao, connu également comme le petit Machu Picchu perdu, se mérite. Pas de route d’accès, seul un chemin caillouteux mène à cette cité perchée à 3000m. Trente kilomètres au départ de San Pedro de Cachora dans la province d’Abancay, le canyon d’Apurimac (le « dieu qui crie » en quechua) à franchir soit 1600 mètres à descendre, 1600 mètres à remonter. Voilà pour l’aller ! Quatre jours de trek éprouvant, beau et avec des sourires dedans.

Une rando sous le signe de la chance, du premier au dernier instant elle aura été avec nous.

Elle a débuté par notre rencontre avec Aurelio. Originaire de Curahuasi, dans la province d’Abancay justement, il fut notre guide sur la route du Machu Picchu.

Aurelio, bien sans ses baskets

Décontracté, drôle, il est aussi capable des discussions les plus sérieuses… et de nous transformer la rando en « ruta del alcohol » (comprendre dégustation de toutes sortes de spécialités liquides péruviennes…) ! Quand nous lui avons parlé de Choquequirao il a naturellement proposé de nous emmener. C’est lui qui a contacté Mariano, chance numéro 2 ! Mariano est « arriero », muletier, car pour monter à Choquequirao, faire porter son matériel par une mule est vivement recommandé, à moins d’être maso ou Israëlien ou les deux. Mariano a 60 ans, des yeux clairs et une condition physique à faire blêmir une équipe de France de foot.

Mariano, muletier footballeur

Pour ne rien gâcher, son épouse est charmante et nous a préparé, au retour, le meilleur cui (cochon d’inde pour ceux qui ne suivent pas) qu’il soit possible d’imaginer. Et quoi de mieux que de le partager dans la propre maison de Mariano.

Croiser la route de Simon et Mathieu fut notre chance n°3. Une conversation anodine autour d’un petit déjeuner et voilà que nous avions trouvé les comparses idéaux. Simples, bons camarades, joyeux, joueurs de tarot et de football, bons marcheurs. What else ?

Mathieu et Simon, alpino-vendéens

Puis que dire du temps, chance n°4. Ensoleillé la plupart du temps. Pluvieux quand nous n’y prêtions guère attention. Suffisamment couvert lors de l’éprouvante grimpette pour nous éviter un surcroît de souffrance. Et finalement juste assez nuageux pour dévoiler la beauté mystique de Choquequirao.

Choquequirao se dévoile

Je revois encore les nuages effilochés défiler au dessus de l’Usnu, le mont spirituel. Une ouate légère faisant la course avec elle-même et les rayons du soleil qui se fraient néanmoins un chemin pour réchauffer nos joues dans la fraîcheur du vent.

...

Et cette ultime surprise, chance n°5, la visite inopinée de quatre condors. Mirador de Capuliyoc, au dessus de nos têtes, comme pour nous dire que oui, le « dieu qui crie » était bien avec nous durant ces quatre jours. Et en toile de fond le Salcantay…

Le Salcantay (6271 m)

Du coup, l’avidité des moustiques, la monotonie des spaghettis, les douches froides et la souffrance du dénivelé ne sont que grains de sables. Même si cette montée, il faut bien l’avouer est aussi éprouvante qu’on le dit : 3h30, 1500 mètres de dénivelé sur 6 ou 7 kilomètres. La concentration au commande, les pieds, les bâtons, le souffle, les pieds, les bâtons, le souffle. Ne pas s’arrêter. Virage après virage après virage après virage.

De l'Apurimac à Marampata... 1500 mètres de grimpette

Doucement mais régulièrement et les endorphines t’enveloppent, te soutiennent, te portent, jusqu’à Marampata, dernière étape avant Choquequirao… et ces bâtons de marche improvisés sont finalement devenus d’attachants compagnons.

Je suis émue quand je pense à ces chouettes moments et à cette bonne humeur. Et j’ai un sourire jusqu’aux oreilles quand je me remémore la tête du petit monsieur qui nous a vu repartir avec six litres de cambrai (sorte de cidre local à base de canne), et les mules qui s’enfuient à l’idée d’alourdir leur paquetage ; le goût de l’anisado en « té macho » ; les rires mêlés autour de cette table sommaire dans la pénombre ; la « tecnologia peruana » ou ces satanés « planos peruanos » (un plat, au sens où le départ et l’arrivée sont à la même altitude…). Je les vois encore tous ces sourires. La joie de l’effort récompensé.

Choquequirao, une rando dans les nuages

DONNEES PRATIQUES

1er jour : De Cachora à Chiquisaca

18 km, 9 de plat et 9 de descente sur un dénivelé de 1000 mètres (de 2900 à 1900m) – 4h30

2ème jour : De Chiquisaca à Marampata

7 km, 1 km de descente jusqu’à Playa Rosalina puis 6 km de montée d’un dénivelé de 1500 mètres (de 1350 à 2850) – 4 heures en tout (départ 5h30, arrivée 9h30)

puis AR Marampata – Choquequirao

5 km aller, 5 km retour de plat péruvien (dénivelé positif théorique 200 mètres) – près d’1h30 chaque fois

3ème jour : De Marampata à Chiquisaca

idem J2 mais à l’envers, 3 heures en tout (2 de descente, 1 de montée) mais dur dur la montée au soleil de midi (dénivelé 550m)

4ème jour : De Chiquisaca à Cachora

idem J1. Dénivelé positif 1000 mètres. Départ 5h15, arrivée 10h45 soit 5h30 de marche

En tout 60 km avec minimum 3200 mètres de dénivelé positif sans compter les plats péruviens ! Des journées de marche pas démesurément longues mais de la grimpette.

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Coût total : environ 1680 soles à 4, soit 420 soles par personne (150 US dollars ; 110 euros), tout compris (guide, muletier, 3 mules, voiture privée aller et retour de Cusco à Cachora, repas y compris cui, encas divers, entrées sur le site, propinas). Moins cher qu’en passant par une agence et avec la satisfaction de participer en direct à l’économoie locale.

Guide : Aurelio Sanchez (tel : 984 322 737) – Coordonnées internet disponibles sur demande

Arriero : Mariano Valencia Zambrano (tel : 984 190 899) – Coordonnées internet disponibles sur demande

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Une autre voie d’accès existe au départ de Huanipaca, mais il semble que le chemin, tout aussi difficile soit en revanche plus dangereux car moins stabilisé, notamment en saison des pluies.

Pour les courageux ce trek peut se poursuivre une semaine jusqu’au Machu Picchu…

D’autres photos de la rando de Choquequirao : ici.

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5 commentaires pour Choquequirao, la cité dans les nuages

  1. La Dragonne dit :

    Que bueno !
    Presque jalouse de ne pas avoir sué dans les grimpettes avec vous.
    La dernière photo est magnifiquement poétique, légère, contemplative… parfaite

  2. COMBES dit :

    bonjour
    nous sommes interressés par le trek 4 j/3 N Choquequirao , pourriez vous me donner l’adresse du guide a Cusco ou je peux le contacter , nous serons a cusco vers 20 mars 2011
    Merci Christiane , Michel

  3. Emilie dit :

    Quelle aventure! Cela doit paraitre si loin and si pret en meme temps. Merci davoir pris le temps de la partager avec nous.

    Cette ete une amie et moi avons prevu de partir a la decouverte du Perou et lisant votre blog me donne envie daller a la rencontre de la suite. Que devient la ville de Cachora? Et Mariano que pense-t-il des curieux de plus en plus nombreux qui passent par chez lui?

    Si en effet il accepte de communique par internet (en anglais ou espagnole), ce serait avec plaisir de faire sa rencontre et de faire parvenir de vos nouvelles.

    Cordialement, Emilie

  4. Laurence dit :

    Bonjour, merci beaucoup pour toutes ses précieuses informations ! J’ai prévu d’aller au Pérou à l’été 2016 et entre autre de faire le trek qui part de Cachora et qui va au Choquequirao et par la suite qui continue jusqu’au Machu Picchu ! J’aimerais bien entrer en contacte avec Mariano si cela est possible. Merci, Laurence

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