Chiloe, chilotes et bras de mer

Dalcahue

 

Chiloé est un archipel poétique.

Situées dans la région des lacs, à la limite nord de la Patagonie, ces îles ventées et pluvieuses évoquent l’Irlande et la Bretagne. Une autre histoire de terres entourées par la mer. Le tempétueux Pacifique remplace ici l’Atlantique et s’étend en une mer intérieure Celle-ci étire ses bras en de paisibles golfes, fjords et canaux. Comme dans toutes ces régions brumeuses et verdoyantes, les légendes chilotes sont riches de figures magiques. Un serpent géant créateur de l’île, un vaisseau fantôme, des sorciers malveillants qu’on appelle les brujos, une veuve, des sirènes… des Traucos, sortes de korrigans chilotes. A côté de ces créatures mythiques, Chiloe compte des vaches et des moutons éparpillés sur d’ondoyantes collines. En bord de mer, des anses rocailleuses se la disputent avec de petits ports où languissent bateaux de pêche et bacs reliant les îles. Les marées, comme sur les côtes bretonnes, dessinent des paysages changeant. En d’autres saisons des genêts fleurissent et illuminent la lande d’un jaune franc.

Chonchi

Chiloé c’est un peu comme une grande île bretonne donc… Comme toute île bretonne elle a fait vibrer en moi quelques fibres profondes. Elle a cette familiarité un peu exotique qui invite à se sentir chez soi. Mais au détour de chaque chemin, elle distille du dépaysement, par petites touches, intimes.

Chiloé, c’est une pelote de la laine.

Partout des bonnets, de gros pulls, des écharpes et toutes sortes de lainages qui aident à rester au chaud. Car Chiloé est connu pour son temps rigoureux, venté certes, mais humide aussi et très souvent gris… De très jolies poupées naissent parfois de cette laine. Il paraîtrait qu’un temps, certains fabricants de ces poupées traditionnelles ont craint la concurrence d’une célèbre poupée blonde aux formes avantageuses. Qu’ils se rassurent, la poupées chilote a toute la douceur et le moelleux qui manque au mannequin de plastique.

Pelotes de laine

Chiloé, ce sont des fruits de mer à se damner.

Des choritos (moules), des cholgas (moules géantes), des choro-malton (moules géantes à chair noire), des almejas (palourdes), des piures, des picos-rocos. Impossible de quitter l’île sans goûter le curanto de hoyo, où ces mêmes fruits de mer, ainsi que divers morceaux de viande et de saucisses cuisent à l’étouffée dans le sol grâce à des pierres brûlantes. Des galettes de pomme de terre, milcao et chapalele, accompagnent ce plat déjà copieux… et un peu de musique aussi.

Un déjeuner au son des ballades chilotes - Ancud

Chiloé c’est aussi une histoire d’architecture.

Les tejuelas sont les bardeaux typiques de l’île. Tels des écailles, ils donnent aux maisons des airs de poissons colorés tout en les protégeant des intempéries. A chacun sa forme, à chacun sa couleur, à chacun sa touche d’originalité.

Tejuelas en vague

Tejuelas jaunes et rouges

Rue de Chonchi

L’architecture religieuse ensuite. Les églises, de bois et recouvertes de tejuelas, n’ont pas de transept, elles sont constituées d’une grande nef rectangulaire. Les clocher prolongeant les facades servaient de repères aux marins. Seize d’entre elles (il reste une soixantaine d’églises sur l’île) sont classées au patrimoine mondial de l’Unesco. On prend plaisir à aller y regarder de plus près, compter les arches, le nombre de niveau et la forme des clochers, les espaces, les couleurs, les voûtes…

Eglise de Llao Llao

Les palafitos de Castro font la fierté de la ville. De ces maisons sur pilotis rien n’est visible de la rue. Cependant à marée haute, on peut amarrer son bateau sur le balcon. Et à marée basse, pourquoi en pas aller marcher sous la maison ?

Palafitos de Castro

Chiloé ce sont des rencontres enfin.

Eduvina qui nous invite chez elle et ses filles, comme ca, simplement, au détour d’un chemin. Un chemin qui mène autour du poêle à bois, coeur de la maison. Pendant que Miriam entonne quelques chants religieux à la guitare (!), Gilma prépare et fait passer le mate.

Miriam

Nous plongeons inexorablement dans un autre espace-temps. Eduvina a 82 ans. Elle est fière de nous parler de ses voyages en avion pour rendre visite à ses fils partis travailler dans les communes australes. Quelques vaches, un potager et le ramassage des fruits de mer font le reste. En trente ans, quelques rides sont venues habiller ce portrait si précieux.

Eduvina et Eduvina

Il y eut Oscar aussi, le pêcheur de luga de Queilen. Chaque jour il plonge au large de la plage pour ramasser quelques 500 kilos de luga. Cette algue rouge sèche ensuite sur la plage avant d’être expédiée sur le continent. De la luga sont extraits des gélifiants (des carraghénanes et de l’agar-agar pour les pharmaciens derrière l’écran) qui entrent entre autres dans la composition de cosmétiques. Pendant ce temps sur la plage on s’active, on étale, on ratisse, on ramasse… Oscar est venu vers nous en curieux mais il a éte très vite ravi de notre intérêt pour son algue et sa plage. Là bas sur le sable, sa barque attend la prochaine sortie. Il a tenu à poser à bord.

Oscar - Queilen

Les récits de Francisco Coloane, originaire de Chiloé, nous avaient accompagnés dès les premières heures du voyage. Ses mots mystérieux nous emmenaient alors un peu plus loin sur les rivages de la Patagonie, de la Terre de Feu, du Cap Horn et de l’océan austral. S’était renforcée en nous l’envie de découvrir l’île de ce “passant du bout du monde”. En décalage, dans quelques mois, nous nous plongerons sûrement avec délectation dans la lecture du “Sillage de la Baleine” qui parle de son île, de Chiloé, de ses pêcheurs.

Sur la grève - Dalcahue

Huillinco

Achao

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2 commentaires pour Chiloe, chilotes et bras de mer

  1. Nicolas dit :

    Superbes textes et très belles photos qui enchantent le lecteur. On a envie de se laisser couler dans la délicate douceur de l’île de Chiloé rien qu’à vous lire…
    Au plaisir de vous revoir.
    Nicolas (« de » Punta Arenas)

    • olivialabas dit :

      Au fait… merci Nicolas-« de ». Je ne commente pas beaucoup ton « CrunchtheGlobe » mais je suis assidûment les péripéties de Gulliver bis. J’aime beaucoup ses mots en général ! Belle balade l’ami.
      Olivia (« de » aussi)

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