Road Book n°24

Lundi 4 avril : De Puerto Natales, un bus nous dépose à Rio Turbio, village argentin frontalier. Nous espérons y trouver un bus pour continuer jusqu’à El Calafate. C’est oublier un détail de taille. Depuis quatre jours nous sommes en temporada baja (basse saison)… le prochain bus ne part que demain matin. Rio Turbio n’est pas à proprement parler une destination touristique. Certes une importante mine de charbon y est installée mais seuls deux hôtels se partagent les âmes égarées. Effrayés par le prix exorbitant de la nuit nous trouvons une solution clandestine, camper sur un terrain abandonné entre deux maisons.

Mardi 5 avril : Nous attrapons au vol le bus qui relie Puerto Natales à El Calafate (compagnie Cootra, 70 pesos) ; parmi les passagers, Françoise, quittée une semaine plus tôt à Punta Arenas. Basse saison oblige, le très moderne backpackers Los Glaciares casse les prix (25 pesos, dortoir de 4 avec sdb et petit dej). La star locale d’El Calafate, c’est le Perito Moreno, immense glacier très accessible (et très visité) dont certains racontent, semble-t-il à tort, qu’il continuerait de gagner du terrain (wikipédia semble nous dire qu’il est à l’équilibre…). La ville est quasi exclusivement tournée vers le tourisme. Après étude des possibilités pour nous rendre au glacier nous retenons la location de voiture ; nous sommes trois, c’est plus avantageux. Dans la soirée nous rencontrons Rémi qui attend l’arrivée de son futur vélo pour se lancer en pédalant sur les routes australes. Notre trio devient quatuor.

Mercredi 6 avril : Petite balade sur la lagune Nimez située en bordure de village. Les oiseaux sont tous partis, probablement la faute à la basse saison…

El Calafate, lagune Nimez

En fin de journée nous récupérons la voiture de location (280 pesos pour 24h, kilométrage limité à 200). Et notre quatuor s’élance sur les routes. Destination le lago Roca où nous installons notre bivouac. A part quelques chevaux, pas âmes qui vive à l’horizon. Viande et légumes grillent sur le feu.

Lago Roca

D’autres photos de El Calafate et des environs : ici.

Jeudi 7 avril : Le Perito Moreno est à une quarantaine de kilomètre de notre paisible campement.

Sur la route du Perito Moreno

Nous franchissons l’entrée du parc (100 pesos) avant la plupart des bus, jouissant ainsi d’une tranquillité quasi absolue sur les 3 ou 4 kilomètres de passerelles installées face au glacier. Basse saison je vous dis !

Seuls sur les passerelles

Quelques blocs de glace s’écroulent dans un fracas. Le lago Argentino, troisième plus grand lac d’amérique latine après le lac Titicaca et le Lac Buenos Aires (ou Lac General Carrera si vous vous trouvez du côté chilien de la frontière) se plisse. Un tour sur le lac nous offre une autre vue sur le géant blanc (50 pesos). Nous essayons toujours de réaliser que par endroit il atteint 70 mètres de haut…

Le Magnifique

La journée s’achève sur une plate forme de la passerelle nord, le long du canal de Los Tempanos, café à la main, soleil sur les joues, vue imprenable sur les reflets bleus du Perito Moreno.

Les Visiteurs

C’est vraiment trop moche non ?

Glaçon

D’autres photos du Perito Moreno : ici.

Vendredi 8 avril : A quelques 120 km au nord d’El Calafate par la ruta 40 (la route australe), El Chalten porte le titre enviable de « capitale argentine du trekking ». Nous arrivons dans ce petit village de moins de mille âmes à la mi-journée, toujours en compagnie de Françoise (Cal Tur, 75 pesos). Le temps clair et dégagé nous offre une vue magnifique sur le Fitz Roy et le Cerro Torre.

L'arrivée à El Chalten

Après l’incontournable briefing sécurité-conseils-bonnes pratiques des garde-parc nous atterrissons dans un hôtel un peu glauque (35 pesos, dortoir de 4). Peu importe demain c’est la tente qui nous attend.

D’autres photos d’El Chalten : ici.

Samedi 9 avril : Notre trio poursuit sa route. Départ pour trois petites journées de randonnée. El Chalten rime avec vent. Hier le temps était clément mais rien ne garantit ce qui se passera les jours qui viennent. Plus nous avançons dans l’automne plus cela risque de se gâter. Les montagnes sont dans les nuages, et nous dans le vent mais au soleil. Des feuilles dorées, une gentille montée, une lagune blanche d’embruns, une lumière à se damner.

Le Fitz Roy dans les nuages

La tente à peine installée à l’abri sous les arbres du camp Poincenot, nous repartons jeter un œil du côté du glacier Piedras Blancas. Le Fitz Roy n’est pas loin au dessus de nous mais il ne se décide pas à sortir de la grisaille.

Dimanche 10 avril : Retrouvailles heureuses avec les rituels matinaux de rando sous tente. Les nuages n’ont pas décroché depuis hier mais nous montons malgré tout vers les pieds de cette montagne escarpée qui fascine les grimpeurs du monde entier malgré ses « seulement 3405mètres ». Peu importe la grisaille, mais nous ne verrons pas plus le Fitz Roy aujourd’hui.

Automne

La seconde moitié de la journée nous mène vers le cerro Torre. L’automne qui explose de toutes parts est un ravissement. Le temps se couvre encore un peu plus en guise d’accueil. Les arbres du campement De Agostini grincent de manière inquiétante autour de nous. Nous partageons ce qui sera sans doute notre dernière soirée de rando-tente avec Françoise et Primož, un charmant slovène polyglotte. La soirée est ventée. L’eau du rio qui coule près de nous est à 2°C, elle vient directement des glaciers. Brrrrr.

Petit matin au camp du cerro Torre

Lundi 11 avril : Le calme pénétrant du dehors me sort du duvet vers 7 heures. Le jour se pointe à peine. Je cours hors de la forêt, arrive en haut de la colline. C’est bien cela. Le ciel est serein, limpide, clair. Le cerro Torre est parfait. La journée sera splendide.

La Torre, 3102 mètres

Juste pas croyablement beau. Alors on s’attarde, on flemmarde, on reprend un café en admirant les plus belles choses du monde.

Vous reprendrez bien un café ?

D’autres photos de notre balade au pied du Fitz Roy : ici.

De retour sur El Chalten nous nous éclipsons vite de notre précédent dortoir et nous affalons heureux chez Jesus (Refugio Chalten, 35 pesos, dortoir de 4). Jesus est bassiste dans un groupe de reggae Siete Venas. Son chez lui nous réchauffe comme un chalet de montagne. On clôture cette journée en beauté en allant « manger une vache » chez un grand gaillard qui porte braies et moustache, une sorte d’Obélix en plus fluet (Parrilla ComoVaca).

Mardi 12 avril : Pas envie que ce soit la dernière rando avant longtemps, velléités de partir seule deux jours supplémentaires. Mauvais temps bonne excuse… La route de Françoise bifurque, elle part dans la soirée pour Esquel plus au nord, nous retournons visiter Obélix.

Mercredi 13 avril : Presque deux mois de balade en Patagonie s’achèvent ici. Départ pour Buenos Aires, 48 heures de trajet. Peut être cela nous aidera-t-il à digérer la transition…

Ruta 40

De 7h à 10h30 El Chalten – El Calafate (Chalten Travel, 75 pesos). De 14h à 18h El Calafate – Rio Gallegos (Taqsa-Marga, 78 pesos). A 20h nous montons dans l’ultime bus qui nous mènera en 36h jusqu’à Buenos Aires (Andesmar, 620 pesos, semi cama).

Jeudi 14 avril : Journée bus intégrale. On prend nos aises, le bus n’étant pas complet nous avons chacun deux sièges pour nous. Les repas, les alfajores (délicieux gâteau argentin le plus souvent fourré de dulce de leche – confiture de lait – et enrobé de chocolat), quelques films avec Angelina Jolie, et un bingo rythment la journée.

Vendredi 15 avril : Quand on arrive en ville… pas sûr qu’on s’en remette… grisaille. Une idée saugrenue nous fais poser nos sacs à l’Hotel Varela (90 la double matri avec sdb privée), pas cher certes. Cette pension du quartier de San Telmo est tristoune pour ne pas dire carrément sordide. Pensant rester au moins deux petites semaines dans les parages il va falloir trouver plus accueillant ! Mais sommes nous vraiment dépaysés ? Au café du coin, on se croirait dans n’importe quel bistro parisien…

Samedi 16 avril : Nous restons à San Telmo, quartier touristique mais aussi un brin bohème et à l’ancienne, mais déménageons à l’Hostel Ayres Porteños (45 pesos par pers, dortoir). Des peintures partout sur les murs, de la couleur, de la vie.

Notre chez nous portègne

Dans l’après midi, nous retrouvons Flor et Gonzalo que nous avions connu à Barreal en janvier. Ils nous initient au fonctionnement des bus et nous emmènent dîner à l’autre bout de la ville. Une promenade nocturne sur le port de Puerto Madero clôture notre soirée de retrouvailles.

Dimanche 17 avril : La sortie d’Antoine et Gonzalo au stade de foot de Boca cet après midi est annulée. A la place nous allons tous les 4 nous balader dans la ville. Aujourd’hui initiation au métro et découverte du quartier de Belgrano, son marché artisanal, son glacier (Volta équivalent de notre Berthillon parisien), son ChinaTown, et sa milonga à ciel ouvert. Une milonga c’est un lieu typiquement portègne où les gens se retrouvent pour danser le tango. Découverte. Sous le kiosque du parc des Barrancas de Belgrano, des jeunes, des vieux, des jeans ou des costumes, des jogging ou des jupes, le mélange est hétéroclyte, l’ambiance décontractée. Je suis sous le charme.

Lundi 18 avril : Le week end est terminé. Les immeubles ne cachent définitivement pas la moindre montagne, et il n’est pas question de planter la tente entre deux maisons… La Patagonie s’en est allée bien loin, pas d’erreur. Il est temps de nous mettre en mode ville et d’explorer la ville, autonomes. Nous partons à pied vers les quartiers de Retiro et de Recoleta.

Floralis generica

Déambulation dans des avenues bondées. Flâneries entre des immeubles hausmaniens (?!). Sieste sur la pelouse du parc de la Floralis Generica, fleur de métal de près de 15 mètres de haut. Balade entre les mausolées mégalo du cimetière de la Recoleta ; bronze, marbre, répliques de cathédrales et démesure.

Cimetière de Recoleta

Une bonne journée de marche sur macadam à défaut de sentier… et San Telmo devient un peu notre repère.

Une rue de San Telmo

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4 commentaires pour Road Book n°24

  1. Nicolas dit :

    Vos photos sont juste sublimes !

    • olivialabas dit :

      Hey merci ! Faut dire que c’était sacrément photogénique tout ça…

  2. Vanesha dit :

    « Juste pas croyablement beau »… c’est exactement l’impression que ça donne quand on vous lit. Vos photos du Fitz Roy sont carrément dingos (ou démentielles pour les non-initiés!). Par contre je doute de pouvoir vous suivre en rando, vous avez un entrainement de folie alors que moi je me suis transformée en hamburger géant !

    • olivialabas dit :

      On ira marcher dans les Alpes ensemble… à mon avis on a perdu toute notre condition physique depuis, à force de viande argentine.

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