Le Chili les yeux fermés

Trois passages de frontières, trois fois à bien penser à ne pas laisser traîner ni tomate, ni miel dans notre sac de provisions, car les douaniers chiliens ne plaisantent pas avec les bactéries et autres parasites végétaux ! Les frontières du Chili sont sous haute protection, comme une barrière supplémentaire à celle des Andes.

Aucune idée précise sur ce que nous allions découvrir dans ce pays. Nous en connaissions de sombres lignes de l’histoire et la présence d’un port dont le nom intrigue. Après une promenade d’un peu plus de deux mois et demi, des déserts arides du nord aux glaciers du sud, quand je ferme les yeux…

Derrière la vitre éclaboussée d’un catamaran, les yeux dans le vague d’un lac turquoise nous venons de parcourir plus de cent kilomètres à pied dans le parc Torres del Paine, l’immensité d’un glacier bleu qui se nomme gris marque encore ma rétine. 

Le glacier Grey, partenaire de randonnée

Toujours derrière une vitre, celle d’une voiture, nous longeons la côte sud du canal de Beagle. La lumière est un ravissement. L’île Navarino s’éparpille dans la mer. Des chevaux s’égayent sur les chemins. Et je n’en reviens pas d’être là.

Côte de Navarino

Au milieu de cette île lointaine, j’embrasse du regard les montagnes, les lacs, les étranges forêts du sud. Mes poumons se remplissent d’air austral. Et les mots manquent pour exprimer cette liberté qui vous gifle. 

Je nous revois faisant nos sacs à dos de rando. Un exercice qui se répète, chaque chose a sa place. L’appréhension à l’idée de porter pour la première fois toute son autonomie. Le rituel du lever sous la tente. Celui du premier oeil jeté sur le ciel. Celui du réchaud à gaz et mieux encore du feu de bois. Le réconfort d’un duvet bien chaud. L’initiation à la marche au grand air des premiers mois du voyage prend tout son sens. Et je vois cette petite tente verte posée un peu partout. 

Liberté

Je revois les maisons touchantes et farfelues de Pablo Neruda.

Le dandinement maladroit des pingouins sur une île rien qu’à eux.

Dandinement

Je vois des bateaux, des lacs, des volcans, de la neige, des îles fouettées par les vents, des filets de pêche, des maisons de bois et des glaciers. La beauté parfaite du volcan Osorno posé sur le lac de tous les Saints. Le premier glacier jamais vu, son cache cache avec la brume. Et son nom pour apprendre l’espagnol « ventisquero ».

Premier glacier, le Ventisquero

Je me souviens de l’odeur du poêle dans la modeste maison d’Eduvina et des sillons de sa peau creusés par la rigueur du climat de Chiloe.

Eduvina buvant le maté

Le temps suspendu d’une soirée au Cinzano. Des yeux qui brillent entre deux airs familiers. Les couleurs, les pentes et le délabrement de Valparaiso me sautent au visage. Comment tomber amoureux d’une ville en montant des escaliers ? 

Un amour de coccinelle à Valparaiso

Des noms qui font rêver se sont parés d’un visage, d’une silhouette, d’une couleur et de sons. Détroit de Magellan, canal de Beagle, fjords de Patagonie, Commune du Cap Horn… 

Le soleil se lève et lance une lumière étrange par la fenêtre de notre pension. Il est 7 heures sur la digue de Chonchi. De petits nuage parfaits se sont réunis au dessus des eaux calmes du port.

Un matin sur l'île de Chiloe

Je vois les vapeurs du désert du Tatio. L’eau qui bouillonne et la soupape qui lâche quand soudain le panache blanc s’élève.

Geysers du Tatio

Les bancs d’école d’Humberstone, désertés pour toujours. Ils étaient là à écouter ou à bailler aux corneilles, les élèves de la ville sableuse d’où l’on extrayait le salpêtre, richesse d’un autre temps.

Les bancs oubliés d'Humberstone

Le plus irréel des couchers de soleil.  L’insolente blancheur de la lagune de sel se teinte de parme et d’ocre. La lune elle même, ronde et brillante, vient assister à la scène.

Lever de lune sur la lagune Tevinquinche

Et tous  ces visages qui peuplent nos souvenirs, compagnons d’une heure, d’un jour ou d’une semaine… Gabriel et « les mapuches », l’inimaginable accueil de Raul et Paulina, la bonhomie d’Hugo notre chauffeur de tracteur, Daniel le geek fou et voyageur de Puerto Montt, Alix, Magali, Alex, Thomas, Aurélie, Maggy, Daniel, Joëlle, René Marc, David, Antonia et Hannah, la bande de Navimag, Anne-Lise mangeuse de viande, Oracio peintre-taggueur, Eugénie Baptiste et les ponchos de tempête, Françoise la marseillaise bretonne, Cristian le chaleureux gardien du Paradise, Nicolas Gulliver… Firost et Coriolis, fidèles compagnons quatre-pattes du bout du monde.

Valparaiso

Toutes les photos du Chili : ici.

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2 commentaires pour Le Chili les yeux fermés

  1. Z dit :

    Hey les zamis ;)

    On sera malouins for sure, on ne sait pas encore comment mais on en sera :D

    Z.

  2. Le Dragon dit :

    Ah bah c’est sûr que vous devez sacrement vous ennuyer comme le craignais Olivia ;)

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