Road Book n°26

Jeudi 5 mai : Après Buenos Aires, la nuit de bus nous dépose à Mercedes dans la province de Corrientes (Compagnie Rapido Tata, 218 pesos en ejecutivo, soit un peu de luxe, 8 heures). Brève flânerie dans ce petit bourg colonial et à 13 heures nous repartons pour le village de Colonia Carlos Pellegrini situé dans la réserve naturelle des Esteros del Ibera (Compagnie Ortiz, 40 pesos, 3h). À un mois du retour en France, c’est avec un réel plaisir que nous retrouvons la route, les gares et nos sacs à dos. Sur les conseils de Sergi, un catalan en vadrouille en Amérique du sud, nous nous installons à l’hospedaje Guarani (50 pesos en dormitorio) tenue par Ana Maria. Le petit village de Colonia Carlos Pellegrini, perdu au milieu des marais, compte 600 âmes.

Coucher de soleil sur la Colonia Carlos Pellegrini

Vendredi 6 mai : Les Esteros del Ibera sont un vaste réseau d’étangs et de marécages. Ils forment la seconde plus grande zone humide du continent. En langue guarani (parlée au Paraguay, dans le nord de l’Argentine et au sud est de la Bolivie) « Y vera » (d’où Ibera) signifie “eau brillante”. Le meilleur moyen de découvrir les marais est de s’y aventurer en lancha (barque). Les capybaras qu’on appelle ici carpinchos, et les yacares (caimans noirs) sont rois.

Capybara starlette

Parmi les 350 espèces d’oiseaux présentes dans la réserve naturelle, nous apprenons à en reconnaître une petite dizaine comme les ipacaás (Aramides ypecaha), les fédéraux (Amblyramphus holosericeus), les lavandières (qui lavent les insectes avant de les ingurgiter, Fluvicola leucocephala) et autres jacanas (Jacana jacana).

Federal

L’après midi, nous allons rendre visite aux singes Carayá qui habitent les arbres alentours. Au passage nous faisons les frais de la voracité des moustiques. Une maman Chat de Geoffroy (Leopardus geoffroyi) essaie désepérément de faire traverser son petit, trouillard et têtu.

Chats de Geoffroy... l'angoissante traversée

Samedi 7 mai : Lors de notre promenade matinale nous rencontrons un cerf et une famille de singes en plein repas. Décidément les Esteros del Ibera nous réservent de belles surprises.

Singes Carayá

En fin d’après midi, nous réembarquons dans la lancha pour visiter une autre partie des étangs. Nous progressons au milieu d’îlots flottants, de coquelicots et de jacinthes d’eau.

Coquelicots d'eau

D’autre photos des Esteros del Ibera en lancha : ici.

Cette superbe fin de journée nous a convaincu : nous allons nous installer dans le camping tout au bord de l’étang (25 pesos par personne, pour chaque emplacement un abri avec table, parilla et électricité). Nous sommes très bien à l’hospedaje d’Ana Maria mais ce marais est envoûtant.

Dimanche 8 mai: Le temps a viré au gris. Nous profitons malgré tout de la quiétude du camping dont nous sommes les uniques occupants, hormis quelques oiseaux.

Un pic au camping

Le soir, en compagnie de Sergi, nous préparons une parrilla. Nous avons dégoté 1700 grammes d’asado de tira et de vacío, les deux morceaux typiques d’une parrilla argentine. Un régal.

Soirée parrilla avec Sergi

D’autre photos de la Colonia Carlos Pellegrini : ici.

Lundi 9 mai : promenade à cheval en terrain humide et dans les herbes hautes. Ma jument porte le nom de la lune en guarani, Yasi.

Chevauchée humide (photo de Sergi)

Le temps vire à l’orage.

Orage sur les Esteros del Ibera

Mardi 10 mai : Le beau terrain de camping près de la lagune s’est transformé en pataugeoire géante. Nous plions la tente et, pieds nus dans la boue, chargés de nos sacs, opérons une translation jusqu’à l’hospedaje Guarani d’Ana Maria. Entre coupures d’électricité et déluge la journée se passe. Nous devions partir aujourd’hui pour Posadas, à 260 km plus au nord. Voyage annulé. La pluie rend la route impraticable. Nous devons désormais trouver un 4×4 si nous voulons rejoindre Posadas sans faire un immense détour et une journée entière de bus.

Mercredi 11 mai: 4×4 trouvé, mais nous ne partirons que demain matin, aux aurores. La pluie a laissé place à une chaleur humide et poisseuse. Les routes du villages sont transformées en une patinoire de boue grasse.

Colonia Carlos Pellegrini

D’autres photos des balades aux Esteros del Ibera : ici.

Jeudi 12 mai : Hugo et son 4×4 nous emmènent loin de la quiétude de La Colonia Carlos Pellegrini (600 pesos le trajet jusqu’à Posadas, partagé en 3). Quatre heures plus tard nous voilà à Posadas dans la province de Misiones, au bord du Paraná, fleuve frontière entre l’Argentine et le Paraguay. Toujours en compagnie de Sergi nous nous installons au residential Misiones (140 pesos la triple). Pas très glop mais très central.

Pêcheuse sur le rio Paraná

Vendredi 13 mai : Nous louons une voiture (250 pesos la journée, 200 km autorisés) pour visiter les missions jésuites guaranis des environs. C’est Sergi qui conduit. Ordre du jour, les missions de Santa Ana, de Loreto et de San Ignacio Miní. Au XVIIème et au XVIIIème siècles, au nord de l’Argentine, au Paraguay, et au sud du Brésil s’étendaient 30 missions jésuites. Tour à tour admirés pour leur organisation et suspectés de destabiliser le pouvoir politique en place à l’époque, ces villages évangélisateurs ont été abandonnés à partir de 1750 avant d’être pillés puis détruits. Dans chaque mission, 2 ou 3 jésuites encadraient quelques milliers d’indiens guaranis libres de rester ou non. La langue guarani y était conservée de même que l’influence des caciques, les chefs indigènes d’origine. Les guaranis acceptaient ce mode de vie essentiellement afin de se protéger des esclavagistes portugais du Brésil.

Mission San Ignacio Miní

D’autres photos des missions jésuites guarani argentines : ici.

Samedi 14 mai : De très belles missions jésuites se trouvent de l’autre côté de la frontière, au Paraguay. De Posadas, nous traversons un pont, puis une frontière et arrivons à Encarnación au Paraguay donc. Un autre monde. Une pluie diluvienne couvre de grisaille et de tristesse cette ville décrite comme “la perle du Sud paraguayen” par les rares guides touristiques évoquant ce pays oublié. Aujourd’hui, c’est le 200ème anniversaire de l’indépendance. Les drapeaux tricolores rouge-blanc-bleu font grise mine. La fête est tombée à l’eau. Très peu de bus en ce jour férié. Despérés d’attendre et bien qu’amusés par la franche désorganisation de la gare routière, nous prenons finalement un taxi (130 pesos argentins) pour nous rendre aux missions jésuites de Trinidad del Paraná et de Jesús de Tavarangüé. La mission de Trinidad est sublime, bien mieux conservées que du côté argentin.

Mission Trinidad au Paraguay

D’autres photos des missions jésuites guarani paraguayennes : ici.

Avant de rentrer en Argentine, nous déjeunons au comedor de la gare routière. Des souvenirs de Bolivie s’invitent à table et nous ramènent quelques mois en arrière.

Dimanche 15 mai : Dimanche pluvieux mais studieux.

Lundi 16 mai : Nous continuons notre route vers le nord, direction les chutes d’Iguazu. Le bus met 6 heures à parcourir les 295 km de route qui nous séparent de Puerto Iguazu. La route est excellente mais les arrêts se font dans chaque village. Residencial Uno (100 pesos la matri après négo, basse saison oblige !), où règne une forte odeur de chien mouillé. En ouvrant mon sac à dos j’ai la mauvaise surprise de le trouver en désordre. Il faut croire que l’un des nombreux arrêts du bus a laissé le temps à une main farfouilleuse d’en extraire quelques affaires… Manquent à l’appel une paire de petites baskets (c’est quand même la seconde fois du voyage que je me fais voler mes chaussures !!), une jolie robe toute neuve et toute verte achetée à Buenos Aires et la trousse à pharmacie. Rien de grave mais grrrr.

Mardi 17 mai : Les chutes d’Iguazu et le Machu Picchu sont les deux sites d’Amérique du sud les plus visités. A la frontière entre le Brésil et l’Argentine, le rio Iguazu se jette brutalement dans le vide, 90 mètres plus bas. Entre 200 et 300 cascades s’étalent sur 2,5 km, déversant jusqu’à 6 millions de litres d’eau par seconde. Renversant.

Aujourd’hui, nous nous rendons côté argentin (100 pesos). Des passerelles nous mènent au plus près des chutes, jusqu’à l’impressionnant siphon de la Garganta del Diablo(la gorge du diable).

La Garganta del Diablo

Le matin la Garganta nous a inondé, l’après midi elle s’est dévoilée.

Ballet de martinets

Des hordes de martinets dansent un ballet de chasse dans les chutes d’eau. Périlleux exercice pour ces oiseaux singuliers.

Martinets

D’autres photos des chutes d’Iguazu côté argentin : ici, bientôt.

Mercredi 18 mai : Visite côté brésilien (100 pesos). Par ici la vue est plus panoramique que du côté argentin. Et cette fois, la Garganta del Diablo vous tombe dessus de toute sa largeur.

Vue brésilienne des chutes d'Iguazu

D’autres photos des chutes d’Iguazu côté brésilien : ici, bientôt.

On comprend mieux pourquoi il est si difficile de dire qu’un côté est “plus beau” que l’autre. Pour citer Santiago, un ami d’Antoine, journaliste et argentin, deux raisons pour mettre en doute son impartialité : “les chutes, du côté brésilien on les voit, du côté argentin on les vit”. Mais on adhère.

Jeudi 19 mai: 4 passages de frontières, 8 tampons dans le passeport, 3 pays foulés du pied aujourd’hui. Nous sommes allés jeter un oeil curieux au Paraguay, sur la ville de Ciudad del Este, renommée pour ses trafics, capitale de la contrebande. Traversée piétonne du pont frontière entre le Brésil et le Paraguay au dessus du fleuve Paraná. Electronique, électroménager, photos, téléphonie, outils, fringues, cuir, couvertures en polaire (sacré trafic de couvertures !!) pour la partie visible de l’iceberg… Il paraît qu’on trouve tout, vraiment tout à Ciudad del Este.

Ciudad del Este, marché géant

D’autres photos de Ciudad del Este : ici.

Après deux semaines de route commune, nous passons une dernière soirée avec Sergi, notre catalan « igualep’a » de « puta madre« , séduit par ses deux incursions paraguayennes, il part dans cette direction demain.

Hasta pronto Sergi !

Vendredi 20 mai : Un peu plus au nord sur le fleuve Paraná à la frontière entre le Brésil et le Paraguay, se trouve la seconde centrale hydroélectrique du monde. Ce barrage de plus de 7 km de long dont le débit est plus important que celui des chutes d’Iguazu, produit 25% de l’électricité du Brésil et 90% de celle du Paraguay. Arrivés sur place nous sommes déçus de constater que la visite-propagande est devenue payante (20 reais soit 10 euros) et nous rebroussons chemin. Décidément, on en aura traversé des frontières ces derniers jours…

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Un commentaire pour Road Book n°26

  1. Nicolas dit :

    Les photos sont renversantes. Profitez bien de la fin du voyage !

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